Passons donc Ă l'interview :
1-Bonjour Laurent alias Calimelolo, ta dernière apparition dans la Photo à la Une remonte à 2022 Ici. Depuis ton dernier passage peux-tu succinctement nous dire ce qui a changé dans ta vie et dans ta pratique ?
Bonjour René et tout le forum, et merci pour la sélection qui m'honore

Peu de choses ont changé pour moi depuis 2022, je suis toujours en retraite et j'ai gardé mon A7RIV équipé de ses GM… Deux choses notables quand même, avec des amis j'ai monté un club photo que je préside dans mon village de Saint Gely du Fesc au nord de Montpellier, et je suis devenu papy ! Le club photo marche très bien et a trouvé sa place en local grâce à une collaboration serrée que j'ai établi avec la mairie, quand à ma petite fille, c'est bien sûr la plus belle du monde

Dans ma pratique photo je me suis de plus en plus orienté vers les portraits. Alors que je réalisais seulement quelques séances en 2022, j'en suis maintenant à une trentaine l'année. Mon appareil ne sort presque plus que pour ça et pour engranger quelques souvenirs familiaux et de voyages.
2-Lors de la précédente interview tu indiques que ta pratique s'est orientée vers le portrait et le studio. Qu'est-ce qui a provoqué ce virage ? Et comment as-tu abordé cette nouvelle pratique ?
À un moment je me suis rendu compte que j'aimais beaucoup regarder les photos de mode et les portraits, peut-être une réminiscence de l'adolescence où je consultais le magazine Photo que mon père achetait et où j'ai découvert les images de Newton et de Bourdin qui me fascinent. Il n'y a rien que je trouve plus beau que l'humain et particulièrement les femmes, j'ai alors cherché à apprendre d'abord grâce à un club photo, ensuite avec des livres, particulièrement ceux de Nath Sakura, chez qui j'ai fait un stage studio en 2020. Avec mon passé de scientifique je me suis passionné pour les techniques d'éclairage qui offrent des possibilités incroyables.
J'ai fait mes armes avec des natures mortes et des défis techniques ne nécessitant pas de grands espaces ni de modèle avant d'envisager plus grand. En parallèle, et comme la danse représente pour moi l'archétype de la beauté et du mouvement réunis, j'ai établi peu à peu une relation de confiance que je cultive particulièrement avec un, puis deux groupes de danseuses. Comme je ne fonctionne qu'en collaboration avec mes modèles (puisque je suis et reste un amateur!) c'est un processus très long (>6 ans dans mon cas) car il faut créer la confiance qui ne vient qu'avec les résultats qui eux ont besoin d'expérience… À présent que ceci est bien établi tout est plus facile, c'est certain, et je peux envisager des choses plus complexes comme l'image sélectionnée.
3-L'idée de la photo sélectionnée est, comme tu l'indiques, inspirée d'un photographe, Richard Calmes. Comment as-tu choisi cette photo dans son catalogue ?
Je suis beaucoup de photographes de modes parmi lesquels plusieurs photographes de danse sur les réseaux et de temps en temps une image m'accroche. Ce fut le cas de celle-ci dont la mise en scène en envol me parle puisqu'elle fait un peu écho à ce que j'avais pu faire avec des lancers de farine. Le photographe Aaron a aussi proposé des images magnifiques avec ce style de voile tendu sur une modèle. Parfois des images que j'admire me semblent inaccessibles mais celle-ci j'ai voulu la faire
4-La mise en œuvre de cette photo me semble pour moi, animalier, compliquée. Peux-tu nous dire quelles ont été les principales difficultés rencontrées pour cette mise en scène ?
Oh ce n'est pas plus compliqué qu'une traque, des repérages et des affuts comme tu sais si bien les faire René. Quand on est passionné on abat toutes les barrières et tu le sais très bien
La principale difficulté a été de conjuguer la disponibilité d'un studio assez grand (prêté par un ami photographe) avec celle d'une danseuse (je pensais initialement à Élisa avec qui nous avions fait la Photo à la Une de 2022, mais elle est de moins en moins disponible) et d'assistant(e)s dont une couturière pour les ourlets du voile ! Entre la décision de se lancer et l'aboutissement il m'aura fallu deux ans, et une fois en place tout était plié en 2h car bien préparé
5-En plus de la mise en scène, l'éclairage apparaît comme primordial, comme souvent dans les photos de portrait. Peux-tu nous parler de ta pratique et ton expérience ?
Usuellement je shoote chez moi en transformant mon salon au désespoir de mon épouse ! Mais l'espace reste restreint (2 à 3m de large et 2,5m de hauteur) ce qui impose des contorsions avec les lumières… Néanmoins j'utilise des fonds tissus et vinyle et toutes sortes de modificateurs de lumières (Fresnel, snoot, bol, stripbox, softbox) que je combine ensemble et avec des gélatines. Cela devient un jeu, et puis parfois on revient à une seule source car ça le fait aussi ! Mon souci majeur pour ce genre de shoot est qu'il faut en général plus d'une heure de montage et de démontage pour redonner au salon sa vocation, je finis souvent rincé
Pour cette photo il y avait plusieurs choix d'éclairage, celui de Richard Calmes (et aussi de Lubna) était d'exalter la transparence du voile en l'éclairant par derrière, du coup avec un contrejour sur la modèle. Je préfère les éclairages en douche qui mettent en valeur les plissés des tissus, ici cela a été réalisé avec deux stripbox avec grille, l'une montée sur une girafe au-dessus de la traine, l'autre face haut dirigée sur la modèle. Un bon équilibrage des puissances au flashmêtre permet d'avoir une bande presque uniformément éclairée sur la modèle et le tissu, le fond étant par contrecoup sous-exposé mais pas noir grâce à un positionnement de Gaïa à environ 1,5m. Il faut maîtriser l'éclairage pour se consacrer à la direction de modèle et à obtenir la bonne pose, c'est souvent le plus complexe !
6-Enfin, j'ai remarqué que tu shootes également des modèles en extérieur. Quelles difficultés supplémentaires rencontres-tu par rapport au studio ?
En extérieur il m'apparait important de faire intervenir l'environnement et donc la difficulté est de gérer la balance lumière naturelle/lumière du flash. Quand on réfléchit bien ce n'est pas si difficile et on peut être créatif en sous-exposant ou sur-exposant le fond par rapport au modèle. Avec un simple flash sur l'appareil c'est possible, mais il faut absolument sortir des modes automatiques pour contrôler l'apport du flash. Je viens de proposer deux ateliers de ce genre dans mon club photo et les participants ont retrouvé la main sur le boitier et leur flash que souvent ils avaient abandonnés car les modes automatiques de nos boitiers sont frustrants.
Pour un vrai shooting en extérieur avec un "gros" flash je n'apporte en général qu'un seul Godox AD400 avec soit un parapluie, soit un bol ou bol beauté, et je fais la balance grâce au flashmêtre. Une fois maitrisée le résultat est, tout comme en studio, obtenu dès la première photo pour l'éclairage… après il faut encore optimiser la pose et parfois retoucher la direction de la lumière d'appoint, mais il 'y a jamais d'erreur d'exposition.
7-Je te remercie de t'être prêté au jeu de l'interview et nous avoir consacré un peu de temps, continue à nous émerveiller avec tes photos et comme d'habitude je te laisse le mot de la fin. A toi !
Encore merci à toi René pour cette sélection. En tant que voisin il faudrait quand même que nous nous rencontrions plus souvent avec les autres forumeurs de Montpellier
Il est vrai que je suis moins présent sur DXD qu'autrefois car comme beaucoup je partage aussi sur Instagram et Facebook… et puis l'animation de mon club photo me prend beaucoup de temps. Néanmoins ici il règne toujours une ambiance d'entraide et de partage qui est aussi le maître-mot que j'ai voulu pour mon club photo. En partageant on s'améliore et on découvre des techniques et idées à reproduire ce qui fait avancer. Alors longue vie à DXD et surtout vous tous qui intervenez ici partagez vos images et recevez les avis bienveillants qui s'expriment, année après année tout cela enrichira votre pratique et votre production.
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